Accueil / Actualités / Edition 2018 / Sophie Giquel-Bettan : « D'autres projets passionnants »

Sophie Giquel-Bettan : « D'autres projets passionnants »

À 36 ans, Sophie Giquel-Bettan prendra sa retraite sportive à l'issue du Lacoste Ladies Open de France, qui se dispute cette semaine au Golf du Médoc Resort près de Bordeaux. Entretien avec l'une des joueuses françaises les plus appréciées de sa génération, à la veille de son 208e et dernier tournoi sur le Ladies European Tour.

Sophie Giquel-Bettan
Le Lacoste Ladies Open de France sera le 208e et dernier tournoi pro de Sophie Giquel-Bettan. Alexis Orloff / ffgolf

À la veille de disputer votre dernier tournoi en tant que joueuse professionnelle sur le circuit européen, comment vous sentez-vous ?
Honnêtement, je me sens très bien ! Souvent quand on entend les sportifs parler de l'arrêt de leur carrière, ça semble difficile et émouvant, mais en ce qui me concerne je me sens bien dans mes baskets. C'est une décision que j'ai prise au mois d'avril dernier, donc ça fait quelque temps qu'elle mûrit. C'est sûr que les réactions de gens à cette annonce faite sur les réseaux sociaux la semaine dernière m'ont fait prendre pleinement conscience de la chose, mais je suis sereine.

Qu'est-ce qui a motivé cette décision de mettre un terme à votre carrière pro ?
Il y a plusieurs facteurs. D'abord, ça fait quinze ans que je suis sur le Tour, donc j'ai envie de voir un peu autre chose. Ensuite, il y a moins d'opportunités de jouer depuis quelques années sur le Ladies European Tour. Il y a aussi un projet familial derrière tout ça. Et puis diverses opportunités de reconversion se sont présentées ces derniers mois, qui m'ont fait ouvrir les yeux sur le monde de l'entreprise et donner envie de me lancer dans d'autres projets passionnants. Je pense éventuellement continuer à jouer quelques pro-ams, car j'aime bien l'ambiance et les rencontres qu'on y fait. J'aime toujours le golf, évidemment, mais en ce qui concerne les tournois pro, c'est fini.

Même s'il est difficile de résumer quinze ans de carrière en quelques mots, quels sont les souvenirs marquants qui vous viennent à l'esprit ?
Le premier, c'est l'obtention de ma carte du LET à la Q-School disputée au Portugal en fin d'année 2003. Mon papa m'avait caddeyé, et mon mari, Axel Bettan, qui caddeyait à l'époque sur le circuit masculin et avait manqué le cut, m'avait fait la surprise de venir me voir les derniers jours. Au terme de cette finale des cartes, je me souviens d'avoir pensé : « Ça y est, j'ai un métier ! » J'avais eu mon DUT de commerce au mois de juin, et cinq mois après j'ai la chance de pouvoir faire du golf mon métier.

Votre première victoire pro, au Portugal en 2007, a vraiment lancé votre carrière en Europe mais aussi aux États-Unis...
Oui, d'autant plus que c'était sur le circuit européen. J'avais tourné autour sur plusieurs tournois auparavant, et ce qui était top avec cette victoire, c'est que non seulement elle m'a permis de jouer l'Évian Masters quelques mois plus tard, mais elle m'a aussi offert trois ans d'exemption grâce auxquels j'ai pu me concentrer sur le circuit américain, sur lequel j'avais une petite catégorie à l'époque. J'y ai joué à mi-temps en 2007, et à plein temps en 2008 et 2009. J'y ai fait quelques top 15 ou 20, et si ça a été une expérience très enrichissante sur le plan personnel, c'est clair que sportivement je n'ai pas fait les résultats que je voulais.

Sophie Giquel-Bettan

Comment avez-vous vécu le retour en Europe, en 2010 ?
J'ai fait une grosse saison en 2011 : j'ai terminé deuxième en Suisse, ce qui m'a permis de jouer le British Open, et j'ai terminé 14e Européenne en fin d'année. Derrière, j'ai gagné deux fois sur le LET Access Series, à Terre Blanche en 2013 et à Dinard en 2015. Mais je dois dire que mon passage infructueux sur le LPGA Tour a un peu cassé mon rêve de m'y établir durablement, et le retour en Europe a été difficile. Ça a été compliqué de retrouver la motivation et de me fixer de nouveaux objectifs. Enfin, ces dernières saisons, j'ai vraiment commencé à me poser des questions, en raison du faible nombre de tournois et de la baisse de motivation liée à ça. En voyant que j'étais plus à 100 %, et que l'envie de passer à autre chose prenait peu à peu le dessus, j'ai fini par avoir le déclic.

Au cours de ces quinze années de carrière, quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquée ?
La première, c'est celle de Marine Monnet-Melocco, qui m'a prise sous son aile quand je suis passée pro. On s'entraînait toutes les deux avec Corinne Soulès, donc on se connaissait. On faisait les reconnaissances ensemble en tournoi, et c'est elle qui m'a présentée au reste du groupe français sur le Tour. Après, j'ai fait la connaissance de Patricia Meunier-Lebouc, qui elle aussi s'entraînait avec Corinne, et qui a pris le relais de Marine quand celle-ci a arrêté de jouer. C'est grâce à Patricia et à son mari Antoine, qui la caddeyait à l'époque, qu'Axel et moi avons pris la décision d'aller tenter notre chance aux États-Unis. J'hésitais, je n'étais pas sûre d'avoir le niveau, et Patricia m'a dit « si tu n'y vas pas maintenant, tu n'iras jamais ! » Je me suis donc inscrite aux cartes du LPGA Tour. Patricia nous a beaucoup aidés aux USA, puisqu'elle habite là-bas et qu'elle connaissait par cœur le circuit.

Quels sont les entraîneurs avec qui vous avez travaillé durant votre carrière ?
Corinne Soulès m'a coachée pendant une vingtaine d'années, à Lyon où j'habite depuis que j'ai dix-huit ans. J'ai bossé la technique avec elle, et j'ai ensuite rencontré Paul Lagier, un coach également biomécanicien, avec qui j'ai énormément progressé. Il m'a appris des tas de choses sur l'aide à la performance, l'évaluation à l'entraînement et sur le parcours, la mécanique des mouvements, etc. C'était du coaching global, et c'était vraiment hyper intéressant. On a collaboré une dizaine d'années. Plus tard, en décembre 2011, j'ai également rencontré Pia Nilsson et Lynn Marriott, qui ont créé le programme d'enseignement VISION54. Ça a été une autre révélation de coaching, différente mais complémentaire, qui m'a parlé. C'est un coaching focalisé sur les facteurs humains qui influent sur la technique.

Axel Bettan Sophie Giquel-Bettan
Sophie Giquel-Bettan et son mari Axel Bettan (Tristan Jones / LET)

Un nom est indissociable du vôtre : celui d'Axel Bettan, votre mari, qui vous a caddeyé durant des années. Quelle a été sa part dans votre carrière ?
J'ai rencontré Axel lors de ma dernière année amateur. Il caddeyait alors une Espagnole, avec qui j'ai joué les deux premiers tours. Cette fille-là a raté le cut, moi je l'ai passé, et du coup il m'a caddeyé le week-end. C'est comme ça que ça a commencé... C'est clair qu'Axel a été le pilier de ma carrière : il m'a toujours soutenu, il a porté mon sac pendant sept ans, on a eu ce projet commun d'aller aux États-Unis, et on en a d'autres maintenant... Il va continuer à travailler avec In-Kyung Kim sur le LPGA Tour, car arrêter deux carrières en même temps, ce n'est pas simple ! Il aime ce qu'il fait, et il a la chance – enfin, c'est surtout parce qu'il a les compétences pour – de travailler avec une joueuse qui est dans le top 10 mondial, et qui joue assez peu puisqu'elle fait 18 à 20 tournois par an. Il a gagné le British Open avec elle l'an dernier, donc c'est normal qu'il continue à surfer sur cette vague...

Vers quoi allez-vous vous orienter une fois que vous aurez définitivement rangé les clubs au placard ?
Déjà, je vais continuer ma mission auprès du board du Ladies European Tour, car c'est une super expérience pour mettre un pied dans le monde de l'entreprise. Je vais aussi poursuivre mon activité de commentatrice chez Golf+. Et je vais continuer à collaborer d'une manière qui reste à définir avec Blue Green, pour qui je suis consultante. Le but est d'œuvrer pour le développement du golf de manière générale. Ça passe par la Blue Green Academy qu'on a récemment lancée pour les jeunes, ça passe par l'organisation d'un tournoi pro féminin à Lyon, et ça passe par l'élaboration de nouvelles stratégies et nouveaux produits d'enseignement pour attirer davantage de gens, notamment des jeunes, au golf. J'ai donc pas mal de pistes à explorer, et c'est d'autant plus intéressant qu'elles sont diversifiées.


Par Alexandre MAZAS
4 septembre 2018